L’orgueil selon les bouddhistes

 

L’absence d’humilité (péché pour les Chrétiens), la démesure dénoncée par les Grecs anciens,  l’égocentrisme viscéral que constatent les divers enseignements spirituels s’ajoutent aux désordres d’une société plutôt déboussolée. Voici une réflexion sur les formes d’orgueil, issue d’un centre bouddhiste, et qui nous a semblé très intéressante .

 

 

 

L’orgueil selon les bouddhistes (nga-rgyal ; mana)

 

L’orgueil ou l’importance de soi est un état d’esprit exalté basé sur la saisie de l’idée de soi. Il donne naissance à une inflation de l’image de soi-même, un sens de supériorité personnelle conduisant à l’irrespect, le contentement, l’arrogance et ainsi de suite. Son résultat est d’expérimenter la souffrance ainsi que des situations désagréables et douloureuses. Il empêche l’obtention de plus grandes vertus puis qu’il est impossible d’apprendre quoique ce soit des autres, comme le dit un proverbe tibétain : « L’eau de la connaissance ne va jamais demeurer sur le ballon de l’orgueil. »

 

Le mot tibétain pour l’orgueil nga-rgyal est très descriptif. Il veut dire «Ego-Roi », nga veut dire ego et rgyal roi ou victorieux. Il se réfère à un sens de soi, l’ignorance de base de la saisie d’un soi qui augmente le sens de soi à travers l’autosatisfaction – le sentiment d’être très important. Ce sentiment d’importance de soi, cette haute idée de soi colore notrevision de tout le monde et de tout ce qui nous entoure. C’est un facteur mental négatif parce qu’il mène à un manque de respect envers les autres et nous rend de ce fait incapable de les comprendre et d’apprendre d’eux. Il devient une source de souffrance. Car du fait de nous surévaluer viendra certainement la souffrance de tomber de haut.

 

Il y a traditionnellement sept formes d’orgueil. Elles peuvent être résumées aux trois formes d’orgueil en relation avec les autres : (1) plus bas que nous, (2) au même niveau et (3) plus élevés que nous.

 

a. La condescendance (nga-rgyal) est l’orgueil d’être effectivement supérieur à quelqu’un d’autre dans certaines facultés, capacités ou possessions etc., et où à cause de cette différence nous adoptons une attitude de supériorité, nous traitons l’autre avec un manque de respect et nous le prenons de haut. C’est l’attitude d’accentuer une différence

 

qui existe réellement. Elle est aussi appelée la forme «mineure» de l’orgueil.

 

b. L’arrogance (lhag-pa’i nga-rgyal) est s’estimer Très supérieur aux égaux. C’est l’orgueil en relation avec les gens de niveau de compétence égale. Ici, nous nous estimons supérieur alors que nous sommes en fait égaux aux autres, ayant la même capacité, compréhension etc. Nous pouvons nous sentir à l’aise dans nos relations avec des gens de capacités inférieures et nous pouvons avoir du respect envers notre maître spirituel et les gens plus haut placés, mais dès que nous nous trouvons parmi des gens de même niveau, l’orgueil se manifeste et nous essayons de nous rendre supérieur. Cette arrogance dirigée vers nos pairs est aussi appelée orgueil «supérieur». Elle conduit vers une insolence méprisante ou agressive.

Une allégorie de l’Orgueil qui s’accompagne, on l’aura noté, du Malin (le diable).

 

c. L’outrecuidance (nga-rgyal las kyang nga-rgyal) est de s’estimer supérieur à quelqu’un qui nous est en fait supérieur. C’est penser par exemple que nous sommes supérieurs au Bouddha ou à notre maître spirituel. Nous présumons que nous avons de plus grandes qualités que ceux qui en fait nous sont supérieurs. C’est l’aveuglement, une forme d’orgueil qui nous rend complètement incapable de voir ou de comprendre quoi que ce soit, aussi appelé orgueil «extrême».

 

d. La présomption (nga’o snyam-pa’i nga-rgyal) pourrait aussi être appelée l’orgueil ordinaire ou premier. C’est de s’identifier aux cinq agrégats (skandhas) du corps et de l’esprit comme étant «moi ». Nous présumons de la présence d’une identité – «moi-même» avec ces pensées, ce corps etc. – où en fait, aucune entité ne peut être trouvée.

 

C’est l’ignorance, la saisie d’un soi, sur laquelle se construit « l’ego identité ». La présumée identité n’est que le réseau des skandhas, s’élevant d’instant en instant. La présomption fournit la base pour toutes les autres formes d’orgueil. De plus elle peut se développer en de l’auto satisfaction non refoulée par rapport aux agrégats, par exemple concernant l’agrégat de la forme (le corps), dire : « Hé j’ai un si beau visage, je suis beau /belle, n’est-ce pas ? » etc. C’est de la vanité ou de la suffisance, une autre forme d’orgueil qui s’élève due à l’identification aux agrégats.

 

Sur cette base d’orgueil premier se développe une opinion très avantageuse es souvent exagérée de notre valeur personnelle au dépense de la considération due à autrui.

 

e. L’infatuation (mngon-pa’i nga-rgyal) c’est de s’imaginer posséder de plus grandes qualités que celles effectivement présentes. Cela ne se réfère à personne d’autre, mais c’est simplement une vue de soi-même. On peut aussi l’appeler surestimation de soi, fantasme ou imagination orgueilleuse. On peut se croire très fort alors qu’on est juste normal, croire qu’on est intelligent alors qu’on est idiot, se croire un bon nageur sans même avoir essayé etc. Tant que les qualités imaginées ne sont pas testées, on continuera d’y croire fermement.

 

Cela peut aussi advenir comme ce qu’on appelle l’orgueil absolu qui est l’attitude grossièrement infatuée de celui qui, sans avoir réalisé aucune des qualités spirituelles supérieures qui surmontent les émotions, est convaincu qu’il les a réalisées.

 

f. La prétention (cung-zad snyam-pa’i nga-rgyal) est moins évidente que la précédente forme d’orgueil : c’est penser de soi-même que nous sommes à peine inférieurs à des êtres qui sont nettement supérieurs. Nous pourrions dire : « Le lama est vraiment merveilleux, mais il ne me manque pas tant que cela pour être comme lui ! » C’est la prétention de ne pas voir ses propres fautes et qui projette son image pour presque atteindre celle de son idole.

 

Cela peut aussi se manifester comme ce qu’on appelle l’auto-effacement ou orgueil inversé, un état d’esprit infatué où nous considérons que nous n’avons qu’une fraction des qualités, savoir etc. des autres, nous nous sentons complètement insignifiant, vraiment humble, mais nous nous identifions fortement au fait d’être si insignifiant et humble.

 

g. L’orgueil complètement erroné (log-pa’i nga-rgyal) c’est de croire qu’on a des qualités ou en fait, on en a aucune ou de gros défauts et déficiences. Cela peut aller jusqu’à prendre des défauts comme vase d’orgueil. Par exemple : je crois ou prétends croire que je suis généreux mais en fait, ma vie est gouvernée par l’avarice. Nous sommes fiers de quelque chose qui est en réalité négatif, d’une dégénérescence morale, comme par exemple d’avoir tué beaucoup de gens ou d’être un habile menteur.

 

 

 

Enseignement donné par Sönam Lhundrup en 1997.

 

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