Un viol

 

Mardi 6 octobre 2009 France 2 revient par le biais d’un téléfilm de Marion SARRAUT puis d’un débat sur la question essentielle de cette violence (parmi d’autres) faite aux femmes. Le degré de civilisation peut se mesurer à l’impact de cette question sur une société. A Droits & Libertés nous jugeons cet impact encore insuffisant. Le fait de libérer la parole, d’en parler, peut constituer un premier contre-poids à la violence. L’agresseur en effet peut se sentir protégé par le silence. Rappelons que depuis 1980 (seulement !) le viol est classé par le législateur comme un crime (jugé en cour d’Assises.) En France, seulement 4 % des femmes violées porte plainte. Ce téléfilm aborde ce crime et ce silence effroyables. 

A la fin d’une journée très fatigante, Delphine Odier, chirurgienne dans une clinique privée, tombe en panne de voiture. Elle est raccompagnée par Maxime Gallet, un confrère qui lui propose tout naturellement de la raccompagner chez elle. Quelques heures plus tard, il la viole. Delphine est sous le choc. Ses proches et ses collègues lui conseillent de garder le silence afin d’éviter le scandale. Au bout de quinze jours d’hésitation, Delphine se décide enfin à porter plainte.

« Au-delà du viol, qui est une horreur en soi, d’autres épreuves surviennent ensuite: l’enquête policière et médicale, la confrontation avec l’entourage », explique la réalisatrice Marion Sarraut. Elle a choisi de confier les deux rôles principaux à Daniel Russo et Marianne Basler. « Avec des acteurs comme eux, tout devient évident. Ils ne trichent pas. Je souhaitais qu’ils soient glamour pour rendre l’horreur encore plus criarde. »

La difficulté consistait aussi à restituer l’horreur d’une scène de viol pour un téléfilm de prime time. « Je voulais que ce soit oppressant sans que l’on n’ait besoin de voir », ajoute Marion Sarraut. C’est avec une certaine appréhension physique et morale que Marianne Basler a abordé la scène. « Elle est le noud du film, tout repose là-dessus, explique la comédienne belge. Quand on doit chercher de telles émotions, mieux vaut ne pas être trop pote avec l’acteur qui nous fait face. »

Marianne Basler campe avec beaucoup de justesse une femme en plein doute: elle craint qu’en parlant, son pouvoir dans la clinique soit écorné. « C’est la première fois que le viol est traité sur ce terrain-là. Delphine n’est pas une gamine sans défense. Elle est confrontée au déni. Ce n’est pas moi, c’est elle, dit le violeur que l’entourage a envie de défendre. C’est effrayant et implacable », s’indigne Marianne Basler.

Ce téléfilm très sobre aborde la problématique du viol avec le ton juste. Servie par d’excellents comédiens, cette fiction constitue un préambule idéal à l’émission qui prolonge cette soirée spéciale. Dès 22h05, Christophe Hondelatte animera un débat qui donnera la parole aux victimes. Des policiers, des magistrats et des psychiatres seront également en plateau et pourront donner des éléments de réponse sur une triste réalité. Plus de 150.000 femmes sont violées chaque année en France, mais moins de 4 % d’entre elles portent plainte. Très souvent, les violeurs font partie de l’entourage proche de la victime. Des chiffres qui donnent froid dans le dos.

Laurent Van Roey (source http://www.telemoustique.be/tm/tv_radio/8567/ce-soir-sur-france-2-un-viol.html)